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Education devenue inutile

Travail manuel: pâtissier bien payé vaut mieux qu'intello précaire
Par Christine Kerdellant, publié le 14/03/2014 dans l'Expansion

Aux Etats-Unis, de jeunes cadres prolétarisés reviennent au travail manuel. Bonne surprise: en France aussi!

Dans une récente chronique, nous expliquions que l'absence de chômage en Suisse ou au Danemark provenait du
fait que, dans ces pays, 50% des jeunes âgés de 15 à 19 ans travaillent déjà (ils sont moins de 10% en
France) : ils préfèrent entrer en apprentissage plutôt que de poursuivre des études longues parce qu'ils
trouvent, dans l'industrie locale, des jobs mieux rémunérés que ceux que procureraient un doctorat en
psychologie ou un master d'histoire de l'art.  
Le même phénomène existe, dans une moindre mesure, en Allemagne ou aux Etats-Unis. En France, en revanche,
les parents préfèrent se saigner aux quatre veines pendant dix ans plutôt que de laisser leur enfant devenir
un travailleur manuel. Et pourtant ! Le fils qui rêve d'être cuisinier peut devenir Bocuse, la fille qui
veut être boulangère peut devenir Banetière, et le passionné de robinets peut créer la première franchise de
plombiers efficaces et ponctuels... ou être simplement heureux dans un métier qu'il aime.

Les "bullshit jobs", ou "travail en miettes"
Bonne nouvelle : les temps changent. L'économiste et anthropologue américain David Graeber a identifié le
phénomène en dénonçant les "bullshit jobs" (boulots à la con), c'est-à-dire les emplois du tertiaire
paupérisés, auxquels on peine à trouver un sens. Ces métiers de fourmi, peu motivants et mal payés, existent
indifféremment dans les entreprises et la fonction publique, du contrôle de gestion aux ressources humaines,
en passant par les services Web. L'expression a fait le buzz parce que la majorité des moins de 30 ans se
sont sentis concernés.  
Il semble que la France connaisse aussi cette évolution. Le sociologue Georges Friedmann a baptisé "travail
en miettes" ces activités intellectuelles parcellaires : contrairement à l'artisan menuisier qui fabrique un
meuble ou au garagiste qui fait redémarrer un moteur en panne, les nouveaux tâcherons du tertiaire ne voient
pas le résultat concret de leur action. Car celui qui collecte les données est rarement celui qui les
analyse.

De surcroît, leur job est précaire, car tout aussi délocalisable que la fabrication de tee-shirts : comme
l'écriture des programmes informatiques, l'interprétation d'une radio du poumon ou du genou peut désormais
être faite à distance par des radiologues indiens !

Les occupations manuelles peuvent faire rêver
Ce rejet d'un appauvrissement intellectuel sans contrepartie financière conduit déjà à un regain des métiers
de l'artisanat. La télévision exploite le filon : les Top Chef ou Masterchef en cuisine, les Tous ensemble
(on refait une maison pour une famille sans ressources) et autres émissions de déco ou de jardinage montrent
que les occupations manuelles peuvent faire rêver.  
La vogue des "fab lab", clubs de bricolage et autres ateliers de high-tech (ou de low-tech) le reflète :
avec ou sans imprimante 3D, chacun veut devenir un "maker", c'est-à-dire fabriquer quelque chose de ses
mains. Les déçus de l'université et même les jeunes diplômés sont attirés par l'artisanat. Une chance, car
il représente une part importante des emplois non pourvus en France - dont le nombre, comme celui des
manifestants selon les organisateurs et la police, varie de 200 000 à 600 000 selon les sources.  
Les salaires des charpentiers, ébénistes, tailleurs de pierre, cuisiniers ou boulangers, tous très
recherchés, grimpent de 41 000 à plus de 50 000 euros par an, à en croire la dernière étude des centres de
gestion agréés. Et, selon la chambre de métiers et de l'artisanat, 200 000 apprentis sont désormais formés
chaque année, dont un tiers a le niveau bac, alors qu'ils n'étaient qu'une poignée il y a quinze ans. Toutes
ces professions offrent une autre chance aux plus ambitieux : la possibilité de créer ou de reprendre une
entreprise, et de devenir ainsi entièrement maîtres de leur destin.

Chez certains on appelle tout ça l'escroquerie du Ponzi éducatif.