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18/10/2017
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La difficile réinsertion des mères au foyer

Près de 15'000 femmes cherchent un emploi chaque année en Suisse, après s'être occupées de leurs enfants. Leur
parcours est souvent semé d'embûches.

Par Emilie Veillon

Au début des années 2000, un tiers des femmes suisses arrêtaient de travailler à la naissance de leur premier enfant.

«Depuis quatre ans, elles ne sont plus qu’un quart. La crise et la baisse de sécurité économique poussent les deux
parents à continuer de travailler», observe Françoise Piron, directrice de l’association Pacte, spécialisée dans la
question du travail des femmes. Les femmes qui renoncent à travailler invoquent différentes motivations: l’envie de
voir leur enfant grandir, suivre un mari qui s’expatrie à l’étranger ou entourer à temps plein un enfant né avec un
handicap. Mais aussi parce que, dans bien des cas, le second revenu passe entièrement aux frais de garde et aux
impôts. «Le système est tordu: les femmes — qui représentent souvent le plus petit des deux revenus — sont poussées à
ne pas travailler, car cela coûte trop cher», relève la directrice.

Selon l’Office fédéral de la statistique, elles seraient 15′000 par année à vouloir réintégrer le marché du travail,
souvent lorsque leur deuxième enfant commence l’école. Il s’écoule donc généralement entre 7 et 10 ans entre l’arrêt
de travail et la réinsertion. «Je suis étonnée du nombre de femmes qualifiées qui n’ont pas travaillé pendant 10 à 15
ans, alors qu’elles avaient imaginé une pause de trois ans, analyse Françoise Piron, qui accompagne plusieurs dizaines
de femmes concernées. Elles assument généralement très bien ce choix vers 30 ou 40 ans. Les choses se compliquent plus
tard, d’autant plus lorsque leur vie de couple bascule, que leur mari quitte la maison ou qu’il décède.» Elles se
retrouvent alors dans l’urgence de trouver un emploi, sans avoir le temps d’anticiper le retour au travail, voire même
se reconvertir par le biais d’une nouvelle formation. Car toutes les femmes ne souhaitent pas exercer leur métier
précédent.

Pour la majorité des mères au foyer, la réinsertion est de moins en moins évidente. Aux yeux des employeurs, un arrêt
de travail de cinq ans est considéré comme trop long. Selon les professions, de nouveaux développements
(informatiques, méthodologiques, etc.) engendrent un décalage avec les compétences actuelles. Autre facteur, en vingt
ans, le nombre de femmes qui se lance dans des formations poussées a considérablement augmenté. «Cela induit une
nouvelle donne: les femmes en réinsertion professionnelle après un long congé maternité sont surqualifiées, même si
elles n’ont pas d’expérience directe dans leur profession, ajoute la spécialiste. Si vous êtes licenciée en droit, on
ne vous prendra pas comme secrétaire, de peur que vous vous lassiez. L’employeur sait que cela va être frustrant à
long terme, même si vous êtes motivée.»

Le profil des femmes au foyer en réinsertion a donc changé. Le marché de l’emploi se trouvant actuellement plus tendu
pour les cadres que pour les employés au chômage, cela ne leur facilite pas la tâche. Pour cette population
universitaire d’un nouveau genre, lâcher totalement le monde du travail demande plus d’effort à fournir pour le
réintégrer.

D’autant plus qu’il n’existe que peu de moyens mis à disposition des mères au foyer en voie de réinsertion. Dans la
plupart des cas, elles n’ont pas droit aux indemnités de chômage, les services d’orientation ne leur sont pas toujours
adaptés et les sociétés privées de coaching qui proposent conseils et bilans de compétence coûtent cher. Autre
difficulté majeure: les femmes au foyer sont coupées de leur réseau professionnel. Cela représente un handicap quand
on sait que 80% des cadres retrouvent un job grâce à leurs contacts.

Selon Françoise Piron, le réseau représente en effet l’élément le plus précieux d’une carrière. Sitôt qu’une femme,
qualifiée ou non qualifiée, envisage de retrouver un emploi, elle devrait commencer par raviver d’anciennes relations
ou construire un nouveau réseau. En parallèle, certaines institutions, comme les offices régionaux de placement ou les
services de consultation, sont d’excellentes sources d’informations relatives aux subventions fédérales pour une
formation continue, pour les démarches en vue de l’obtention d’un titre formel par validation des acquis tirés du
travail domestique (événementiel, administration, gestion des comptes), pour les perfectionnements ou les cours
envisageables.

Idem auprès de certaines organisations de corps de métier, notamment les soins infirmiers ou le secrétariat, qui
proposent parfois des remises à niveau. Certaines associations, telles que Pacte ou Bloom and Boom, mettent en place
des stages, des ateliers ou des réunions visant à encourager la solidarité, créer un pool de compétences et un réseau
de femmes concernées, afin qu’elles retrouvent confiance en elles. «Les histoires de réinsertion réussie sont
nombreuses, mais plus une femme est qualifiée, plus le chemin est semé d’embûches, avertit Françoise Piron. C’est
pourquoi le choix de carrière le plus judicieux consiste à garder un pied dans le monde du travail et donc de son
réseau professionnel, soit par le biais d’un temps partiel, soit par une activité bénévole.»